dimanche 10 décembre 2006

Derniers rappels


On avait déjà remarqué et apprécié le talent d'Alex Robinson avec l'excellent "De mal en pis" qui racontait le parcours d'un dessinateur de bande dessinée.
Avec "Derniers rappels", l'auteur nous offre un nouveau pavé (350 pages) encore plus riche que le précédent.
Au départ on suit le quotidien de 6 personnages qui n'ont aucun lien entre eux. Après une brève introduction dans l'univers de chacun, Alex Robinson égraine dans un angoissant compte à rebours les 49 chapitres qui composent son récit.
Si la numérotation des chapitres est inversée, il n'y a ici aucun jeu avec la chronologie des évènement qui est déroulée sans flashback, de manière totalement linéaire. L'auteur plonge le lecteur dans l'intimité foisonnante de ses personnages dont on situe d'emblée le point d'intersection des trajectoires au chapitre un, c'est à dire à la fin du livre.
Alex Robinson arrive à accrocher le lecteur, à le captiver, pour mieux l'oppresser quand il infléchit son récit vers le drame, l'oppression se faisant de plus en plus forte que le dénouement se rapproche, inexorablement.
En bref, même si on a aimé qu'elle nous malmène, s'extirper de l'implacable mécanique aux articulations bien huilées de "Derniers rappels" nous procure un certain soulagement.

Un grand bol d'oxygène

Avec Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack, j'ai achevé hier soir mon mini cycle consacré au western de trappeurs.
Le western de trappeurs est vraiment un genre à part. Comme souvent dans les western, les payasages y jouent un rôle important, mais ici ils sont utilisés pour faire opposition à la civilisation et tout ce qu'elle véhicule. Les héros sont systématiquement en rupture avec la société qui apparait sous son visage le plus malsain et le plus corrompu. Ils choisissent donc de vivre dans les montagnes, dans des conditions extrèmement difficiles. Un exil dans lequel ils se retrouveront confrontés à aux mêmes et à leurs propres limites. Quand la civilisation se rappellera à eux, ce ne sera que pour leur signifier l'anachronisme de leur mode de vie, sa fragilité et sa fin imminente.


L'action de Jeremiah Johnson se déroule dans les montagnes rocheuses du Kentucky, c'est aussi le cas de "L'homme du Kentucky". Un western atypique à plus d'un titre. Particulièrement parce qu'il s'agit là de la première réalisation de Burt Lancaster. Dans ce film qui rend hommage aux grands espaces, le personnage principal incarné par Burt lui-même essaie de renouer avec la civilisation après des années passées dans la solitude de la forêt. Alors qu'il se montre d'une aptitude à la survie redoutable, cet adroit trappeur va se révéler complètement inapte à la vie en société, régie par des codes et avec une hypocrisie auxquels il ne comprend rien, en tout cas au départ.


"La captive aux yeux clairs" est un film aux noirs et blancs somptueux. La quête des héros est comme pour les films précédents initiatique, pourtant ici elle ne se fera pas dans la solitude mais dans une chaude ambiance "d'amitié virile" comme seul le western classique sait en distiller. Kirk Douglas y joue le role d'un trappeur remontant le Missouri dans un bateau français, pour nouer des contacts commerciaux avec les indiens. A voir évidement en VO, rien que pour les parties en français qui sont tordantes.

vendredi 1 décembre 2006

La chair des pommes

Avec cet ouvrage paru aux éditions ego comme x, Freddy Nadolny Poustochkine passe aux choses sérieuses. En témoigne l'abandon de son ancien pseudo, Frédi Astèr.
La chair des pommes traite de l'enfance, mais à dix milles lieues de ce qu'ont déja pu raconter de nombreux auteurs attirés par ce thème d'apparence facile.
Freddy Nadolny Poustochkine fait en effet revivre les non-évènements qui jalonnent et façonnent l'enfance de chacun. Aucun lieu commun, mais des récits profondément originaux qui éveillent en nous ce que nous croyions avoir oublié. Tout en finesse, et avec beaucoup d'acuité, l'auteur caresse et interroge nos souvenirs les plus profondément enfouis. C'est un vrai régal, la chair des pommes est un ouvrage rare.

A noter qu'une première version du chapitre un avait déja été publié dans la revue patate douce, aux éditions du potager moderne.